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interview de Loic Le Bras avant la Figaro
Samedi, 24 Juillet 2010 07:36

40 ans de la Solitaire du Figaro / Interview (6) Yann Eliès : «L'ambiance a tendance à pas mal se tendre avant le départ !»

Miraculé du dernier Vendée Globe, Yann Eliès, 36 ans, a vu la victoire lui échapper de peu sur la dernière Solitaire du Figaro. Le skipper de Generali-Europ Assistance dispute sa dernière saison sous les couleurs de l’assureur italien après douze ans de collaboration. En attendant son objectif du Vendée Globe 2012, il revient sur la Solitaire et livre quelques secrets sur la guerre psychologique entre coureurs avant le départ. Interview…

  • Par Loïc Le Bras
  • Publié le : 23/07/2010 06:02
Objectif Vendée Globe 2012 pour Yann Eliès qui s'est totalement remis de son accident de la dernière édition.
Objectif Vendée Globe 2012 pour Yann Eliès qui s'est totalement remis de son accident de la dernière édition.

Photo © Gilles Martin-Raget (Generali)
voilesetvoiliers.com : Comment te sens-tu à quelques jours de la première étape ?

Yann Eliès : Bien, je rentre de vacances. Je viens de passer quinze jours en croisière en famille entre l’île d’Yeu et Groix. C’est un peu traditionnel chez moi de partir en vacances avant le Figaro, de faire un bon break, et de me remettre dedans dix jours avant le départ. Je suis dans mon schéma idéal de préparation.
v&v.com : L’an dernier, la victoire finale t’a échappé de peu. Tu étais très frustré sur le moment. As-tu digéré cette déception ?
Y.E. : C’est vrai que j’étais super déçu. Mais après 24 ou 48 heures de digestion, j’ai quand même compris que vu le chemin parcouru l’année dernière entre l’accident sur le Vendée Globe et la deuxième place sur le Figaro, j’étais au-delà des objectifs que je m’étais fixés. C’est très frustrant de passer proche de la victoire, mais cette deuxième place, comme en 2004, c’était un peu une victoire en elle-même pour moi. Mais c’est vrai que c’était dur de tout perdre dans les derniers milles avec le sentiment d’avoir tout fait pour gagner. Mais ça, c’est la magie du Figaro. J’ai lu l’interview de Sébastien Josse la semaine dernière sur votre site voilesetvoiliers.com, il le dit bien. C’est une course qu’on n’a pas forcément besoin de gagner pour s’accomplir et faire autre chose. Cette course, j’ai envie de la gagner, mais je suis capable de passer outre. Finir deux fois deuxième et jamais au-delà de la cinquième place sur mes quatre dernières participations me permet d’avoir un niveau suffisant et correct pour pouvoir espérer, pourquoi pas, gagner un Vendée Globe.
v&v.com : Tu reparlais de ton accident sur le Vendée Globe. Est-il toujours présent au quotidien, psychologiquement et physiquement ?
Y.E. : Psychologiquement, plus du tout. J’ai le sentiment d’être passé à autre chose assez rapidement. Les gens que je rencontre m’en reparlent souvent, mais moi, je suis passé à autre chose. Physiquement, je n’ai quasiment plus aucune séquelle. Je ressens des petites douleurs de temps en temps, comme quelqu’un pourrait avoir des rhumatismes. C’est quasiment du passé pour moi.
v&v.com : Tu as conscience que cette histoire incroyable va te suivre toute ta vie ?
Y.E. : C’est clair. Je suis aussi conscient que ça m’aide au quotidien dans ma recherche de partenaires. C’est un événement qui a marqué le grand public, y compris les personnes que je démarche pour trouver de l’argent pour refaire le Vendée Globe. Quand je leur raconte que c’est moi, ils remettent un visage et une histoire sur le marin qu’ils ont en face d’eux. Même si ça me poursuit parfois et que c’est un peu lourd d’en reparler sans cesse, je ne crache pas dessus parce que c’est aussi ce qui me permet aujourd’hui de continuer à faire mon métier. Et j’en tire aussi bénéfice quand je recherche un budget.
v&v.com : Justement, éclaire nous sur la situation au sein de Generali, puisque ton contrat se termine à la fin de la saison et que Nicolas Lunven prend le relais.
Y.E. : Ce qu’il faut comprendre d’abord, c’est que c’est la treizième année que Generali me sponsorise. C’est l’une des plus longues et plus belles histoires du sponsoring voile. On a démarré en même temps que Franck Cammas et Groupama, avec des parcours bien sûr totalement différents. Mais chez Generali, l’accident du Vendée Globe a créé pas mal d’émoi, que ce soit en interne comme au niveau de la direction. Eux ne veulent plus retourner sur le Vendée alors que moi oui. Quand les objectifs divergent, à un moment donné, il faut savoir se séparer. Et puis, c’est aussi une tradition chez Generali de soutenir un jeune dont le père a un passé de marin (les pères de Yann Eliès et Nicolas Lunven ont disputé l’Aurore, l’ancêtre de la Solitaire du Figaro, ndlr). Même si cela n’a pas été présenté de façon très claire, et que cela a peut-être démarré un an trop tôt, c’est quelque chose que je comprends et accepte. Je savais qu’un jour, ça s’arrêterait. Et que ce jour-là, je ne pourrais pas en vouloir à Generali parce qu’ils m’ont permis de faire tout ce que j’avais envie de faire. Il n’y a donc aucun regret ni animosité par rapport à cette transition.
v&v.com : L’histoire serait encore plus belle si elle se terminait par une victoire !
Y.E. : Oui, et il faut se rappeler que lorsque j’ai remplacé Pascal Bidégorry l’année où il avait gagné la Solitaire, il avait l’autocollant Europ Assistance sur sa coque. J’ai donc toutes les chances de mon côté ! J’aimerais offrir à Generali une dernière victoire. (En 2000, la Solitaire s’était conclue à Cherbourg, comme cette année… ndlr)
Après douze ans de collaboration, Yann Eliès et Generali se séparent à la fin de la saison. Ces derniers ne veulent pas retourner sur le Vendée Globe.
Après douze ans de collaboration, Yann Eliès et Generali se séparent à la fin de la saison. Ces derniers ne veulent pas retourner sur le Vendée Globe.
Photo © Benoît Stichelbaut
v&v.com : Le niveau est très homogène en Figaro et pourtant, chaque année, il y en a un au-dessus du lot. Comment s’explique cette réussite soudaine qui en touche un et pas les autres ?
Y.E. : Oui, c’est vraiment ce sentiment que j’ai. J’en réfère encore à l’interview de Sébastien Josse qui disait qu’il était impossible de dégager un seul nom parmi les quinze favoris. Il y a juste quelqu’un qui, à un moment donné, a le feeling, la réussite de son côté. Il est en état de grâce ce qui lui permet de passer au-dessus des autres. J’ai approché cet état à deux reprises en 2004 et l’année dernière.
v&v.com : Ça se ressent ?
Y.E. : Ah oui ! T’as vraiment l’impression que t’as la chance de ton côté. J’ai eu le sentiment l’année dernière d’en avoir pas mal. A posteriori, j’estime que j’ai mérité la place que j’avais parce que j’avais eu aussi un peu de chance. Dans ces moments-là, tu ressens que t’es en état de grâce. Tous les coups que tu tentes passent. Les choses te paraissent limpides. La cohésion avec ton bateau et les éléments est idéale.
v&v.com : La Solitaire fête ses 40 ans cette année. Ton père l’a gagné en 1979. Que représente cette course pour toi ?
Y.E. : Personnellement, c’est l'épreuve qui m’a permis de m’accomplir en tant que marin. Quand j’ai démarré, je n’étais qu’un régatier qui ne savait pas ce que c’était que d’être marin. C’est une course qui fait vibrer, qui donne des émotions, à laquelle on ne reste pas indifférent. On s’y attache avec le temps. Comme tout sportif de haut niveau, on vient chercher ces émotions, cette adrénaline. C’est pour ça qu’on y retourne.
v&v.com : Pour la douzième fois dans ton cas !(*) Donc, on ne s’en lasse pas ?
Y.E. : Tout à fait. J’ai la chance ces dernières années de ne pas disputer tout le circuit et de pouvoir simplement me concentrer sur cette course-là. Du coup, je n’ai pas le mauvais côté de la classe Figaro. Au début, on a besoin de beaucoup naviguer, donc on est content de faire toutes les courses. Mais quand, comme Gildas Morvan ou Eric Drouglazet ou autres, on a tout le programme à faire, je pense qu’on a du mal dans cette forêt de courses à garder de la motivation pour la Solitaire du Figaro.
Après deux jours d'attente, les sauveteurs australiens récupèrent Yann Eliès avec le fémur brisé, des côtes cassées et le bassin fracturé... Un accident qui a marqué le Vendée Globe 2008-2009.
Après deux jours d'attente, les sauveteurs australiens récupèrent Yann Eliès avec le fémur brisé, des côtes cassées et le bassin fracturé... Un accident qui a marqué le Vendée Globe 2008-2009.
Photo © D.R
v&v.com : Je te pose quand même la question, même si tu y as en partie répondu plus haut. Qui est ton favori en dehors de toi ?

Y.E. : Eh bien justement, Sébastien Josse ! (rires) Tout le monde parle de Gildas Morvan, mais je pense qu’il arrive toujours à se mobiliser, à faire de belles performances sur les courses d’avant-saison, mais il lui manque quelque chose sur cette course-là. Je pense que des mecs comme Sébastien Josse, qui a un peu le même profil que moi, ou Kito de Pavant aussi, qui reviennent avec uniquement cette course comme objectif, seront des clients.
v&v.com : Même si Josse a quitté le circuit voici huit ans, à l’époque du Figaro 1 ?
Y.E. : Oui, je pense que ce n’est pas un souci. Seb' dit qu’il n’a pas navigué du tout, mais ce n’est pas vrai. Il s’est entraîné à Port-Laf, et il a bien vu qu’il n’avait pas à rougir de ceux qui naviguent sur tout le circuit, jeunes comme anciens.
v&v.com : Il cacherait donc son jeu. Y a-t-il de l’intox entre vous ? Une guerre psychologique avant le départ ?
Y.E. : Tout à fait. On le ressent bien. L’ambiance a tendance à pas mal se tendre avant le départ. Pendant cette semaine de préparation, on voit bien le caractère et le mental de chacun. Ce qui amène parfois un peu de tension quand on lit un peu trop la presse. Ça fait partie des petites erreurs à ne pas faire. Il faut rester dans sa bulle jusqu’au moment du départ.
v&v.com : Vous vous servez des médias pour mettre la pression sur vos adversaires ?
Y.E. : Clairement, mais pas uniquement. C’est un des canaux par lequel on peut avoir une influence psychologique sur les autres.
v&v.com : Après cette Solitaire, ton objectif est donc le Vendée Globe 2012 ?
Y.E. : Oui, je considère même qu’une bonne Solitaire m’aidera à convaincre de nouveaux partenaires que je suis le bon coureur pour le prochain Vendée Globe. J’ai déjà un premier partenaire qui met la moitié du budget. Il ne me reste plus qu’à trouver l’autre, à la façon Virbac-Paprec pour boucler le budget. On est tout proche du but. Il faut boucler ça fin octobre.
v&v.com : Tu repartirais sur un bateau neuf ou d’occasion ?
Y.E. : Plutôt sur une occasion, car le timing commence à être serré. Mais les deux solutions sont envisageables. La construction est intéressante, mais je considère qu’il est préférable de passer du temps en mer avec sa machine même si elle a un petit moins, et de la développer lors de petits chantiers d’optimisation.

(*) 11 participations de 1997 à 2009 : 30e, 13e, 19e, 21e, 6e, 10e, 12e, 2e, 5e, 5e, 2e.

source:

http://www.voilesetvoiliers.com/items/remote_print/3297

jean philippe

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